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 [Contes] Scandinaves

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Luna
Fée des ombres et de lumières
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MessageSujet: [Contes] Scandinaves   [Contes] Scandinaves Icon_minitimeJeu 11 Jan - 21:50

Pourquoi les conifères restent toujours verts? (Suède)

Chaque année, à l'automne, lorsque les jours deviennent plus courts le soleil bien moins chaud, de nombreux oiseaux partent pour les pays chauds afin d'y passer l'hiver. Au printemps, lorsque les températures se font plus douces, ils font le chemin à l'envers et reviennent ici, vivre un nouvel été. Les forêts qui comptent la plus d'oiseaux migrateurs sont les forêts du Grand Nord. Là-bas, les hivers sont rudes et le gel souvent terrible en sorte que les oiseaux pourraient y mourir de faim et de froid.

Il y a bien longtemps, dans ces forêts du Grand Nord, vivait un jeune merle.Pendant l'été, il avait bien grandi et était devenu un merle fort et robuste qui chantait comme son père, son grand frère, ses oncles et ses cousins.

La veille du grand départ vers le sud, tous les oiseaux participaient au dernier vol d'entraînement lorsqu'un grand héron heurta le jeune merle de plein fouet.

- Tu ne peux pas faire attention, abruti! s'exclama le héron en colère. Il faut bien se dire que la colère du héron cachait le fait qu'il se savait en faute.

Notre ami, le jeune merle, sonné par le coup, tomba sur le sol comme une feuille d'automne. Son aile le faisait souffrir et elle pendait bizarrement. Il avait terriblement mal.

- Ton aile est cassée, lui dirent les vieux merles, forts de leur expérience. Tu ne pourras pas nous accompagner demain, car tu te noierais à coup sûr dans la mer. Tu. vas être obligé de rester et de passer l'hiver ici. Il faut te trouver un abri dans la forêt. Au printemps, nous passerons te reprendre ici.

Le jeune merle était effrayé. Il n'avait pas le choix. Il lui fallait rester et c'est bien triste qu'il regarda, le lendemain, ses parents et ses amis s'envoler vers le ciel sans tache d'Afrique. Il les regarda longtemps jusqu'à ce qu'ils ne se distinguent plus dans le ciel. Le cœur gros et les plumes tristes, il se mit à la recherche d'un abri. Mais où trouver un coin pour passer l'hiver dans cette grande forêt ?

Il avait marché longtemps lorsqu'il rencontra un vieux chêne imposant.

- Dites-moi, Monsieur le Chêne, puis-je, s'il vous plaît, construire un nid entre vos grandes branches? Je ne peux pas m'envoler vers les régions chaudes, car je me suis cassé une aile. Ce ne sera que pour un hiver! Me le permettez-vous s'il vous plaît?

Le chêne baissa la tête avec indignation.

- Ça non, alors! répondit-il d'un air outré. Il n'en est pas question! Cherche un autre arbre. Si tu as faim cet hiver, tu mangeras tous mes glands et je deviendrais un chêne sans glands dont les autres se moqueraient. Pas question que je fasse ça!

Plus triste encore, le jeune merle partit à la recherche d'un autre arbre. Il arriva bientôt près d'un magnifique bouleau dont les feuilles ondulaient doucement au vent. Il paraissait tellement accueillant, tellement beau et tellement gentil que le merle osa lui adresser la parole.

- Dites-moi, Monsieur le Bouleau, peut-être m'autoriseriez-vous à chercher refuge entre vos branches contre le vent du nord? Je dois trouver un abri sans quoi, je vais mourir gelé. Ce ne sera que pour un hiver. Lorsque le printemps reviendra, je chercherai un autre abri, mais mon aile est cassée et je ne peux aller nulle part ailleurs.

Le bouleau haussa les sourcils, plissa profondément le front et très en colère, il répondit en agitant ses branches et en criant :

- N'es-tu pas un peu fou? dit-il d'un air méprisant. Garder mes propres feuilles me donne déjà suffisamment de travail. J'ai besoin de toutes mes branches. je ne peux en sacrifier une seule pour te protéger. Cherche donc quelqu'un d'autre!

Le jeune merle s'éloigna tristement. Ses pattes ne le supportaient plus tant son chagrin était devenu lourd à porter. N'y avait-il donc personne dans cette forêt qui l'aiderait à passer l'hiver?

Il perdait espoir quand soudain, au détour d'un sentier, il aperçut un joli saule aux branches flexibles. Sûr que celui-ci allait lui accorder sa protection! Il sentait l'espoir renaître dans son petit cœur.

- Dites-moi, Monsieur le Saule, m'autoriseriez-vous à nicher durant cet hiver entre vos branches? Je me suis cassé une aile et je ne peux m'envoler avec les autres oiseaux vers des régions plus chaudes. Je mourrai sûrement de froid si je ne trouve pas d'abri. Me le permettez-vous? Je vous en prie!

Il leva les yeux d'un air suppliant vers le saule. L'arbre avait le cœur bon mais il ne pouvait l'aider.

- Je suis sincèrement désolé pour toi, dit-il, Après tout, je ne te connais pas. Comment pourrais-je savoir si tu ne creuseras pas des trous dans mes branches en cachette, comme une pie, ou si tu ne me mangeras pas mes feuilles? Adresse-toi plutôt à quelqu'un d'autre. Il y aura peut-être un arbre qui acceptera de prendre un oiseau étranger sous sa protection. Je trouve cela terrible, mais je ne peux pas t'aider.

Fatigué, le merle s'éloigna bien décidé à ne plus demander protection à personne puisque de toute façon, personne ne voulait l'aider.Il erra dans les bois touffus pendant six jours et six nuits, mais tous les arbres avaient eu vent de son histoire par le chêne, le bouleau et le saule et détournaient la tête dès qu'ils le voyaient.

Le septième jour, le merle arriva dans une clairière où se tenaient trois arbres les uns à côté des autres : un sapin, un pin et un genévrier.

- Où vas-tu? demanda le grand pin, étonné. Il y a bien longtemps que tu devrais être dans un chaud pays du sud. Tu vas geler si tu ne pars très vite.

- Je sais bien, répondit tristement le merle. Je me suis cassé une aile et je n'arrive plus à voler. Je cherche désespérément un abri pour l'hiver dans cette forêt, mais personne n'a de place pour moi.Le sapin, le pin et le genévrier se regardèrent en souriant.

- Si tu veux, tu peux rester auprès de nous, dit le grand pin, chaleureusement. Construis ton nid entre mes branches. je suis suffisamment grand et fort pour te protéger contre tout danger.

- Mes branches sont suffisamment touffues pour arrêter le vent du nord, dit le sapin. Construis ton nid entre ses branches les plus épaisses, mais reste près de moi. De cette manière, tu ne sentiras pas le vent d'hiver.

- Quant à moi, tu pourras te nourrir de mes baies tout l'hiver, ajouta le genévrier. J'en ai suffisamment. Tu pourras t'en rassasier.

Reconnaissant, le merle construisit son nid dans les branches du pin, juste à côté du sapin, comme celui-ci le lui avait proposé. Chaque jour, il pouvait manger des baies de genévrier.

Le merle était heureux avec ses trois bons amis et, de son nid, il leur chantait chaque jour sa chanson la plus mélodieuse en guise de remerciement.

Lorsque le vent du nord arriva, un frisson parcourut la forêt. Le vent souffla d'abord toutes les feuilles du chêne et les fit tourbillonner jusqu'à ce qu'elles forment un tapis sur le sol. Il s'approcha ensuite du bouleau et lui arracha également toutes ses feuilles en riant et en mugissant. Le bouleau résista de toutes ses forces, mais le vent du nord était plus fort que lui. Après son passage, le bouleau resta là, les branches nues, à frissonner de froid. Ce fut ensuite le tour du saule. Le vent du nord tourna autour de lui comme une toupie et chassa toutes ses feuilles une à une.

Il arriva ensuite près du sapin, du pin et du genévrier.

- Ah, ah! Voilà encore quelques arbres verts, dit le vent en poussant des cris de joie.

- Stop, retentit soudain une voix forte.

C'était le roi Hiver qui passait par le bois, la tignasse blanche comme neige et des stalactites pendues à ses mains.

Laisse ces trois arbres tranquilles, commanda-t-il. je n'ai pas pitié des autres, mais ces trois-là ont aidé un jeune merle qui demandait de l'aide. Comme récompense, ils pourront rester verts pour toujours.

Le vent du nord jeta un coup d'œil étonné à travers les branches du pin. Il aperçut le petit merle à l'abri dans son nid douillet et fut attendri.

- Vous avez raison! acquiesça-t-il, ému. je vais les laisser en paix.

Voilà pourquoi, depuis ce jour, tous les pins, sapins et genévriers restent aussi verts l'hiver que l'été.

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MessageSujet: Re: [Contes] Scandinaves   [Contes] Scandinaves Icon_minitimeJeu 11 Jan - 21:59

La légende de l'élan Skutt et de la petite princesse Tuvstarr (Suède)

As-tu jamais été dans les grandes forêts du Nord, et vu l'un de ces étangs sombres et mystérieux qui se cachent dans leurs profondeurs, magiques et oppressants ?

Tout est calme, les pins et les sapins se pressent, silencieux, tout autour de lui. Parfois ils se penchent, mais si prudemment, si timidement, et c'est simplement parce qu'ils se demandent ce qui peut se dissimuler au fond de ses eaux ténébreuses.

Et le fait est qu'on y voit une grande forêt, baignée du même mystère et du même silence. Mais jamais les deux forêts n'ont pu communiquer, voilà bien le plus curieux. Le long de la rive et dans l'eau émergent les formes douces de mottes de terre tapissées de mousse brune et parsemées çà et là de petites fleurs de marais, blanches et laineuses.

Tout est si calme - pas un son, pas un froissement d'aile, pas un souffle d'air - toute la nature semble retenir son haleine et écouter le c_ur battant : bientôt, bientôt, bientôt ! Alors, tout doucement, une rumeur imperceptible s'élève à la cime des pins les plus hauts, et leurs couronnes s'agitent dans un murmure chantant : voilà, on l'a vu là-bas, au loin, très loin, bientôt il sera là, il arrive, il arrive. Et la rumeur est reprise par toute la forêt, les broussailles frémissent et chuchotent entre elles, les petites fleurs des marais s'inclinent et se penchent l'une vers l'autre : voilà, il arrive, il arrive.

Et l'eau paisible frissonne et murmure : il arrive, il arrive. Au loin, on entend quelques craquements de branches cassées, le bruit se rapproche, il augmente et s'amplifie, puis c'est un fracas de broussailles et de branches et de rameaux brisés, un claquement précipité de sabots, un souffle haletant et, le poitrail fumant, un grand élan émerge des fourrés pour se diriger vers la rive où il s'arrête, secouant son mufle haletant, pour prendre le vent.

Ses bois se balancent, ses naseaux frémissent, puis il se fige un instant dans une complète immobilité, mais bientôt il s'élance et en quelques bonds fantastiques par-dessus le sol mouvant du marais, il disparaît dans la forêt, sur l'autre rive. Ca, c'était pour de vrai. Et maintenant, la légende.

Le soleil brille comme de l'or vif sur la prairie du château des Songes. C'est l'été, la prairie est émaillée de milliers de fleurs parfumées. Et parmi les fleurs est assise une petite fille blonde et rose, peignant ses longs cheveux de lin qui coulent comme l'or liquide du soleil d'été entre ses petits doigts.

A côté d'elle, dans l'herbe, elle a posé sa couronne dorée. La petite fille, c'est la princesse en personne, la princesse du château des Songes. Aujourd'hui elle s'est échappée de la vaste et altière salle où le roi son père et la reine sa mère, assis sur le trône d'or, tenant dans leur main le sceptre et le globe royal, règnent sur leurs sujets. Elle veut être seule et libre, et elle va vers le pré fleuri qui a toujours été son terrain de jeux préféré. Petite et frêle, gracieuse, la princesse est encore une enfant.

Elle s'est assise là dans sa robe toute blanche, une robe de soie et de satin et de vaporeuse mousseline. Elle s'appelle Tuvstarr. De ses petits doigts fuselés, elle démêle ses cheveux de soleil et sourit à l'éclat de ses longues boucles. Mais voilà qu'un élan traverse la prairie en bramant. Elle lève les yeux :

- Eh, mais qui tu es, toi ?

- Je suis Skutt Longues Jambes. Et toi ?

- Moi, je suis Tuvstarr, la princesse, tu vois bien. Et elle prend la couronne dans l'herbe pour la lui montrer. L'élan, surpris, s'arrête et regarde longuement la princesse, puis incline la tête.

- Tu es belle, petite. Tuvstarr se lève, s'approche doucement de lui, elle se penche vers son mufle frémissant et le caresse timidement.

- Comme tu es grand et imposant ! Et toi aussi, tu as une couronne ! Emmène-moi ! Laisse-moi m'asseoir derrière ton cou ! Et emporte-moi à travers la vie. L'élan hésite.

- Mon enfant, le monde est vaste et froid, et tu es si petite. Le monde est plein de malice et de méchanceté, et tout te veut du mal.

- Oh, penses-tu, je suis jeune et vive, j'ai de la chaleur pour tous. Je suis petite et douce, je veux partager ma bonté.

- Princesse Tuvstarr, la forêt est sombre et le chemin est semé de dangers.

- Mais puisque tu es avec moi ! Tu es grand et fort, tu sauras nous défendre tous les deux. Alors l'élan hoche la tête, secoue sa puissante couronne. Ses yeux brillent d'un éclat de feu. La petite bat des mains.

- A la bonne heure, à la bonne heure ! Mais tu es trop grand - penche-toi, que je puisse monter. Docile, l'élan se couche et Tuvstarr s'installe bien d'aplomb.

- Voilà, je suis prête. Et maintenant, tu vas me montrer le monde. Il se lève prudemment, de peur de faire tomber la petite.

- Tiens-toi bien fort à mes bois. Et le voilà parti à longues enjambées. Jamais la petite princesse ne s'est autant amusée. Il y a tant à voir, tout est neuf et beau. Elle n'était encore jamais allée au-delà de la prairie de son château. Et maintenant, ils cheminent par les collines et les montagnes, pas les vallées et les plaines.

- Où tu m'emmènes maintenant ? demande Tuvstarr.

- Vers ma demeure des marais, tout au fond de la forêt, répond Skutt, là où je suis chez moi. Là-bas, personne ne vient me troubler. Mais il y a encore un bon bout de chemin. Le soir approche, et Tuvstarr commence à avoir faim et sommeil.

- Tu as déjà changé d'avis, dit l'élan, un peu narquois, mais maintenant il est trop tard pour revenir en arrière. Mais ne t'en fais pas.

Les marais sont pleins de baies délicieuses, des framboises arctiques, tu sais. Tu pourras en manger. Et là-bas, j'ai ma demeure. Et ils poursuivent leur route. Après un temps, la forêt s'éclaircit et Tuvstarr découvre un marais qui s'étend à perte de vue, où les touffes d'herbe serrées l'une contre l'autre forment un tapis ondoyant et moelleux où ne s'aventurent que de rares arbustes rabougris.

- On va s'arrêter ici, dit Skutt, qui se penche pour laisser descendre Tuvstarr. Pour dîner. Tuvstarr a oublié d'un seul coup qu'elle a sommeil et saute avec légèreté d'une motte à l'autre comme Skutt le lui a montré, façonne avec des feuilles de framboisier de petits cornets qu'elle remplit de grandes baies savoureuses, et elle se régale, sans oublier d'en offrir à son compagnon.

- Bon, mais maintenant il va falloir se dépêcher pour arriver chez moi avant qu'il fasse trop sombre, dit l'élan, et Tuvstarr remonte sur son large dos. Skutt avance à pas sûrs dans le marécage, sans même avoir à chercher où poser le pied pour ne pas s'enfoncer. Car c'est ici qu'il est né.

- Qui est-ce qui danse là-bas ? demande Tuvstarr.

- Ce sont des elfes. Méfie-toi d'eux ! Ils ont l'air doux et aimables, mais il ne faut pas leur faire confiance. N'oublie pas ce que je te dis : Ne leur réponds pas, tiens-toi bien fort à mes bois et fais semblant de ne pas les voir. Et Tuvstarr promet d'obéir. Mais les elfes les ont déjà vus. Ils glissent vers eux en rondes et farandoles, dansent devant l'élan et en vagues malicieuses se rapprochent de Tuvstarr. Elle, elle pense à tout ce que l'élan lui a dit et se cramponne à lui, inquiète.

- Qui es-tu ? Qui es-tu ? Cent questions se chuchotent autour d'elle, et elle sent comme un souffle froid sur elle. Mais elle ne répond pas. Cependant, les petits être graciles voilés de blanc s'enhardissent de plus en plus, ils essaient de la tirer par ses longs cheveux blonds et par sa robe, mais c'est comme s'ils ne parvenaient pas à avoir vraiment prise sur elle. Skutt se contente de s'ébrouer et galope.

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MessageSujet: Re: [Contes] Scandinaves   [Contes] Scandinaves Icon_minitimeJeu 11 Jan - 22:00

Soudain, Tuvstarr sent sa couronne glisser de sa tête, elle a peur de la perdre - que diraient le roi son père et la reine sa mère, qui la lui ont donnée - et voilà qu'elle oublie les recommandations de Skutt, elle pousse un cri, lâche les bois pour porter une main à ses cheveux. Mais alors là, si vous aviez vu ! Instantanément, les elfes l'ont en leur pouvoir - pas tout à fait pourtant, car d'une main elle tient encore fermement les bois de l'élan - et avec un grand rire de triomphe ils s'emparent de la couronne étincelante et s'en vont, flottant dans l'air.

- Oh, ma couronne, ma couronne, gémit la petite. - Eh oui, pourquoi tu ne m'as pas obéi, gronde Skutt. C'est bien ta faute. Ta couronne dorée, jamais tu ne la retrouveras, mais sois contente qu'il ne soit rien arrivé de pire. Mais elle ne peut rien imaginer de pire que ce qui est déjà arrivé. Skutt, entre-temps, a continué sa route et bientôt Tuvstarr aperçoit un bosquet de petits arbres, formant comme un îlot sur le marais.

- C'est là-bas que j'ai ma demeure, dit Skutt, et c'est là-bas que nous allons dormir. Ils ne tardent d'ailleurs pas à arriver. C'est une petite butte qui s'élève au-dessus des terres basses et marécageuses qui l'entourent et à l'intérieur, sous les pins et les sapins, il fait bon et sec.

Tuvstarr embrasse son cher Skutt pour lui souhaiter une bonne nuit, enlève sa robe et la suspend soigneusement à une branche, puis se couche par terre et s'endort, tandis que l'élan aux longues jambes reste debout auprès d'elle pour l'abriter de son corps. La nuit est presque tombée et quelques petites étoiles scintillent.

De bon matin, Tuvstarr est réveillée par le museau de Skutt qui effleure délicatement son front. Elle saute sur ses pieds, étire tout son petit corps dans la lumière orangée du soleil matinal, et puis elle recueille dans le creux de ses mains des gouttes de rosée pour les boire. Autour de son cou, elle porte une chaînette où est accroché un petit c_ur d'or qui jette des feux sous les rayons du soleil.

- Aujourd'hui, je veux être toute nue, s'écrie-t-elle, je vais poser ma robe devant moi et tu m'emporteras sur ton dos pour me faire voir encore le monde. Et l'élan cède à sa prière. Il ne peut rien lui refuser. Toute la nuit il a veillé, contemplant en-dessous de lui ce mystérieux petit être tout blanc, et quand l'aube est venue, il y avait comme des larmes dans ses yeux. Sans savoir pourquoi, il lui semble qu'on va de nouveau vers l'automne et il est pris d'une nostalgie de luttes et d'aventure, et d'un désir de ne plus être seul.

Et tout d'un coup il s'élance, s'enfonçant tout droit dans la forêt. Tuvstarr a beaucoup de mal à rester en selle. Les branches frappent rudement son visage et son corps, et le petit c_ur d'or bondit sans arrêt à son cou, tant la course est rapide. Mais petit à petit, Skutt se calme et ralentit son galop effréné.

Ils traversent maintenant une vaste et étrange forêt. Les sapins portent de longues barbes touffues, les racines d'arbres se tordent au sol comme des serpents et de grands blocs de pierre moussus se dressent, menaçants, au bord du chemin. Jamais Tuvstarr n'a rien vu d'aussi extraordinaire.

- Mais qu'est-ce que c'est qui bouge, là-bas dans la forêt ? On dirait de longs cheveux verts et deux bras blancs qui font signe.

- C'est la fée des bois, dit Skutt, réponds-lui gentiment, mais surtout ne lui pose pas de question à ton tour, et surtout, surtout, ne lâche pas mes bois. Non, Tuvstarr s'en gardera bien. Maintenant, la fée de la forêt se rapproche petit à petit.

Elle ne veut pas se montrer en entier, elle reste toujours à moitié cachée derrière un tronc d'arbre, avançant furtivement la tête pour guetter. Tuvstarr ose à peine regarder dans sa direction, mais elle a vu que ses yeux sont d'un vert glacé et sa bouche rouge comme le sang. La fée des bois se glisse agilement d'un tronc à l'autre et suit l'élan dans sa course. Skutt, c'est une vieille connaissance pour elle, mais elle est intriguée par cette petite chose aux cheveux de soleil qu'il porte sur son dos. Il faut qu'elle sache ce que c'est.

- Comment t'appelles-tu ? crie-t-elle tout à coup.

- Tuvstarr, princesse du Château des Songes, répond timidement la petite, qui se garde bien de lui demander son nom à elle. D'ailleurs, elle le sait déjà.

- Qu'est-ce que tu as là, devant toi ? demande encore la fée des bois. - C'est ma plus belle robe, répond Tuvstarr, avec un peu plus d'assurance.

- Oh, tu veux bien me la montrer ? demande la fée. Bien sûr, Tuvstarr ne demande pas mieux, et ravie, elle lâche prise d'une main pour lui montrer sa robe. Mais c'est justement ce qu'il ne fallait pas faire, car en un clin d'oeil la fée s'empare de la robe et disparaît dans la forêt.

- Mais pourquoi fallait-il que tu lâches mes bois, grogne Skutt. Si tu avais lâché de l'autre main aussi, tu aurais été obligée de la suivre et tu ne t'en serais pas sortie vivante.

- Mais ma robe, ma robe, sanglote Tuvstarr. Et puis elle finit par l'oublier. Passe la journée, et la nuit Tuvstarr dort sous un sapin, tandis que Skutt, immobile, veille à ses côtés. Quand elle se réveille le lendemain matin, l'élan a disparu.

- Skutt, Skutt Longues Jambes, où es-tu, crie-t-elle, effrayée, et se lève précipitamment. Le voilà qui arrive, hors d'haleine, débouchant d'un fourré. Il était monté sur la colline pour reconnaître le terrain vers l'est et prendre le vent. Qu'est-ce qu'il a flairé ?

C'est ce qu'il ne peut pas dire. Mais son pelage est roussi, et son corps tremble. Il semble pressé de se mettre en route et se baisse de lui-même pour laisser monter Tuvstarr. Elle grimpe sur son dos et ils partent en toute hâte. Vers l'est, vers l'est ! Il entend à peine ce que lui crie la petite. Du moins, il ne répond pas. Il se sent comme pris de fièvre. Et comme un forcené, il se fraie un chemin à travers les fourrés. - Où m'emmènes-tu maintenant ? demande Tuvstarr.

- A l'étang, répond-il.

- Il y a un lac là-bas dans la forêt. C'est là-bas que je vais quand l'automne arrive. Jamais être humain n'y a été. Mais toi, tu le verras. Soudain, les branches s'écartent, découvrant l'eau qui scintille, une eau d'un brun sombre aux reflets vert et or.

- Accroche-toi bien, dit Skutt, il y a de grands dangers cachés au fond de l'eau, fais bien attention à ton petit c_ur d'or !

- Oui, comme cette eau est étrange, répond Tuvstarr, et elle se penche pour mieux voir - mais au même moment la chaînette avec son c_ur d'or glisse par-dessus sa tête et s'engloutit dans les profondeurs de l'étang.

- Oh, mon coeur, mon coeur d'or, que j'ai reçu de ma mère quant je suis née. Ah, qu'est-ce que je vais faire ? Elle est inconsolable. Elle ne fait que scruter les profondeurs de l'eau, et elle veut s'aventurer sur les terres mouvantes pour chercher son coeur.

- Viens, dit Skutt, tu es en danger ici ! Je sais ce qui t'attend, d'abord s'éteint la mémoire, et puis la raison. Mais Tuvstarr veut rester. Il faut qu'elle retrouve son coeur.

- Va, cher Skutt, laisse-moi seule ici. Je retrouverai bien mon c_ur.

Et tendrement, avec reconnaissance, elle enlace sa tête baissée, l'embrasse gentiment, la caresse doucement. Et puis elle s'en va, petite et frêle, toute nue, s'asseoir sur une touffe d'herbe. Longtemps, l'élan reste immobile à considérer, tout perplexe, la petite, mais comme elle ne semble plus se soucier de sa présence, il rebrousse chemin et disparaît à lents pas hésitants dans la forêt ...

Depuis, bien des années ont passé. Tuvstarr est toujours là, scrutant inlassablement les profondeurs de l'eau en quête de son coeur. Ce n'est plus la princesse, c'est seulement une petite fleur qui porte son nom, une petite fleur blanche au bord de l'étang. De temps à autre, l'élan revient et s'arrête pour regarder la petite. Il est le seul à savoir qui elle est. Tuvstarr, la princesse.

Alors parfois, elle lui fait un signe de la tête et sourit - après tout, c'est un vieil ami - mais s'en retourner avec lui, elle ne le peut plus, elle ne le veut plus, aussi longtemps que le charme la tient prisonnière. Le charme, il est là-bas, au fond de l'eau. Tout au fond, dans les profondeurs de l'eau où gît un coeur perdu.

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MessageSujet: Re: [Contes] Scandinaves   [Contes] Scandinaves Icon_minitimeJeu 11 Jan - 22:00

L'enfant et l'Ondin (Suède)

Nils et Johan habitent au bord de la mer. C’est l’hiver. On raconte que l’Ondin gèle la surface de l’eau pour se protéger du froid au fond de sa retraite sous-marine. Les enfants veulent voir si la glace porte. Leur mère leur recommande de ne pas s’éloigner du bord, pas plus loin que les branches de saule.

- "L’ondin essaiera de vous vous attirer sous l’eau. Il s’ennuie depuis que ses filles sont grandes et sont parties."

Les deux garçon s'aventure sur la glace qui craque, ce qui les fait rire. Johan dépasse la limite, passe au travers de la glace. Il tombe dans les bras de l’Ondin, vieillard au regard bienveillant et à la longue barbe blanche.

- "Tu verras comme nous nous amuserons bien ensemble."

L’Ondin conduit l’enfant à travers son palais de cristal, soutenu par des colonnes de corail, jusqu’à l’ancienne salle de jeux de ses filles. Des jouets à profusion, comme Johan n’en a jamais vu. Un harnachement en algues pour mener l’Ondin comme un cheval. Un sifflet, présent de la tempête. Des bulles d’air qui montent comme des ballons d’enfant et emmènent Johan jusqu’au toit de cristal. Johan aime par-dessus tout jouer avec le dauphin. Lui et l’Ondin prennent place dans une coquille de nacre et le dauphin les mène dans la mer à une vitesse folle.

Le soir, l’Ondin se décide à ramener Johan sur la terre, un enfant ne peut passer plus d‘une journée sous l‘eau, il doit aller respirer. Ils passent la tête au travers du trou par lequel Johan est tombé.

Sur la rive, la maison de Johan. Celui-ci aurait pu y courir. Mais l’Ondin s’est attaché à l’enfant, il joue de sa harpe d’or. Johan oublie tout pour l’écouter.

Sur la rive, père et mère pleurent leur fils qu’ils ont recherché en vain. Ils ne voient que des ombres et croient que le chant de la harpe est le murmure du vent. Le père rentre, la mère s’obstine, appelle. Mais Johan ne l’entend pas, il écoute les histoires passionnants que lui conte l’Ondin.

Par trois fois, Johan croit entendre quelque chose, l’Ondin le ramène à son histoire. L’enfant prend peur de son regard maintenant glauque, se cramponne au bord. Il entend maintenant sa mère qui lui promet le baiser du soir. Johan crie, la mère s’aventure jusqu’au bord du trou où Johan est cramponné. Elle prend l’enfant dans ses bras, le ramène à la maison.

Ce soir-là, Johan a reçu beaucoup de "baisers du soir ". Par la suite, Johan n'est plus si audacieux, il ne veut plus retourner chez l’Ondin. Mais souvent son regard se dirige au-delà des saules. Il aimerait tant connaître la fin de l’histoire racontée par l’Ondin.

Jamais il ne l’a revu.

D’après Le château du soleil, in Svéa, contes suédois par Hylten, Cavalius et Hofberg. La Sixaine, 1947

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MessageSujet: Re: [Contes] Scandinaves   [Contes] Scandinaves Icon_minitimeJeu 11 Jan - 22:01

L'âme de Jon, mon cher mari (Norvège)

Il était une fois un vieux couple.

L'homme n'était guère sociable et on l'appréciait peu dans le voisinage; chez lui, il se montrait paresseux et bon à rien. Fort mécontente, sa femme lui en faisait souvent reproche:

- Tu ne fais rien que gaspiller ce que j'ai tant de mal à mettre de côté ! Et c'est vrai qu'elle s'échinait toute la saint journée, faisant feu de tout bois, habile à tirer son épingle du jeu en toute circonstance. Mais malgré leurs querelles, elle aimait son homme et ne le laissait manquer de rien.

Un jour, il tomba gravement malade. Elle le veilla. Mais quand elle le vit dépérir, elle se dit qu'il n'était pas en situation de faire une mort chrétienne ; il y avait peu de chances qu'il arrive à entrer dans le royaume des cieux : elle ferait bien de s'en occuper elle-même.

Alors, elle prend un sac et le tient tout prêt devant le visage de son vieux. Quand il rend le dernier soupir, au moment où son âme s'échappe, hop, la voilà dans le sac ! La vieille le ferme bien, le roule dans son tablier, et s'en va frapper à la porte du royaume des cieux. Saint-Pierre vient ouvrir. Il lui demande ce qu'elle veut.

- Bonjour, répond la vieille. Je vous apporte l'âme de Jon, mon cher mari. Vous avez dû en entendre parler. Je voudrais que vous le fassiez entrer.

- Hum... Malheureusement, je ne peux pas. Oui, j'ai entendu parler de ton homme, mais jamais en bien.

- Je ne savais pas, Saint-Pierre, que tu avais le coeur si dur. Tu as la mémoire courte ! N'as-tu pas autrefois renié ton Seigneur ?

A ces mots, Saint-Pierre lui claque la porte au nez. Elle se désole un moment, puis frappe à nouveau. Cette fois, c'est Saint-Paul qui vient ouvrir. Elle le salue, lui demande son nom, puis lui présente sa requête. Mais lui non plus ne veut rien entendre :

- Ton Jon ne mérite pas le pardon de ses péchés.

- Et toi, réplique -t-elle en colère, tu le mérites ? Tu as oublié le temps où tu persécutais Jésus et les chrétiens ? Je crois qu'il vaut mieux ne plus rien te demander ! Saint-Paul bien vite lui ferme la porte au nez. La vieille frappe une troisième fois. C'est la Vierge Marie qui vient ouvrir.

- Soyez bénie, bonne Vierge. Je viens vous demander la grâce de Jon, mon cher mari, bien que Pierre et Paul me l'aient refusée.

- Hélas, mon amie, je n'ose te l'accorder : c'était un fieffé coquin, ton Jon !

- Ca te va bien de dire ça ! s'écrie la vieille. Je pensais que tu pouvais comprendre les faiblesses des autres...L'aurais-tu oublié, que tu as eu un enfant de père inconnu ? Sans vouloir en entendre plus, Marie bien vite lui ferme la porte au nez. La vieille frappe une quatrième fois. C'est Jésus-Christ lui-même qui vient ouvrir. Il lui demande ce qu'elle veut.

Humblement elle répond :

- Je te supplie, mon cher Sauveur, de laisser entrer la pauvre âme que voici.

- N'est-ce-pas Jon ? Impossible, ma brave femme, il ne croyait pas en moi. En disant cela, il va pour refermer la porte. Mais alors, sans perdre une seconde, la vieille femme lance le sac entre le Christ et le battant, avec l'âme dedans.

Le sac est entraîné bien loin à l'intérieur du paradis, tandis que la porte se referme. La vieille femme s'en retourne, soulagée d'un grand poids : l'âme de Jon, son cher mari, a quand même réussi à entrer au royaume des cieux. L'histoire ne dit pas ce qu'il en advînt par la suite.

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MessageSujet: Re: [Contes] Scandinaves   [Contes] Scandinaves Icon_minitimeJeu 11 Jan - 22:01

Les Arbres Condamnés (Norvège)

Au temps jadis, si l'on en croit les anciens bardes danois, les arbres restaient toujours verts, conservant leurs feuilles au cœur du plus rude hiver. Plante ou animal, tout être vivant possédait alors une âme et son caractère propre. Les arbres eux-même n'échappaient pas au code moral. Ils étaient tenus de faire preuve de bonté envers les autres créatures, et pouvaient être punis pour un geste cruel.

C'est ce qui advint, à la fin d'un mois de septembre, il y a bien longtemps. Les grives s'étaient rassemblées pour leur migration hivernale. À l'aube, elles s'envolèrent pour leur rude voyage, au-dessus des eaux de la Méditerranée et des sables arides du Sahara, vers les terres chaudes de l'Afrique. Mais l'une d'elles, souffrant d'une aile blessée, ne put prendre son essor et resta sur place.

Bien mal en point, elle sautillait et voletait d'arbre en arbre, à la recherche d'un abri pour se protéger du froid. Un bouleau, qui dansait avec le vent, ne prêta nulle attention à sa détresse à l'instar du saule pleureur, penché sur l'eau, cultivant quelques profond et secret chagrin. Et, tourné vers le ciel, l'orgueilleux chêne ne daigna pas même remarquer l'oiseau posé à son pied.

Épuisé, celui-ci s'approcha d'un épicéa, le plus grand arbre de la forêt. L'arbre l'entourant de ses épaisses aiguilles, l'accueillit charitablement. Un pin, tout proche, étala ses branches pour mieux le protéger. Un genévrier lui offrit une profusion de baies pour sa pitance, en attendant des jours meilleurs.

Leur manque d'hospitalité devait être fatal au bouleau, au saule et au chêne. Le vent hurlant, peu après les premières gelées, les dénuda, réduisant leurs rêves à néant.

À jamais vulnérable aux rigueurs de l'hiver, réduits à l'état de squelette, ils doivent désormais affronter la neige en grelottant, tandis que l'épicéa, le pin et le genévrier conserve leur feuillage éternellement.

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MessageSujet: Re: [Contes] Scandinaves   [Contes] Scandinaves Icon_minitimeJeu 11 Jan - 22:02

Le Kalesaka (Norvège)

Le désir têtu me démange, l'envie me trotte la cervelle d'aller entonner la chanson, bouche parée pour le chant mage égrenant le dit de ma gent, la rune enchantée de ma race.

Les mots me fondent dans la bouche, grains de gorge, pluie de paroles, ils se ruent, torrent sur ma langue, ils s'embruinent contre mes dents.

Petit frère, mon frérot d'or, mon beau compagnon de jeunesse! Fais-moi compagnie pour le chant viens-t'en me joindre au jeu des runes car nous sommes ce jour ensemble après maint jour en d'autres bords! Rare est le jour qui nous rassemble, le temps que nos chemins se croisent en ces confins de pauvres terres, champs de Norois, terres piteuses.

Topons çà la main dans la main, doigts glissés par entre les doigts pour entonner la chanson bonne et bailler la rune meilleure, la foule d'or pourra l'entendre pour savoir, la flopée curieuse, ceux de la jeunesse levante, haute pousse, les ouailles belles : Ce sont les mots de l'héritage, runes tournées au baudrier du vieux Väinämöinen, sous la forge d'Ilmarinen, l'épée de Lemminkäinen, l'arc de Joukahainen au fin fond des champs de Pohja, les landes du Kalevala.

Mon père les chantait jadis en taillant un fût de cognée, ma mère les a dévoilés quand elle torsait la quenouille, moi le marmot sur le plancher je tournaillais dans ses jupons, méchant moutard, barbe de lait, tout menu, bouche en caillebotte. Sampo ne fallait point de mots ni Louhi de sortilèges : Sampo est mort de mots bavards et Louhi de ses charaudes1, Vipunen creva dans ses rimes et Lemminkä dans ses goguettes.

Or je sais tant d'autres paroles, secrets appris par devinades : ripés sur le bord des chemins, cueillis dans la brande aux bruyères, dans les fourrés, griffe, brindille, racle ramille à la ramée, tous grattés au ras des fenées, tous agrippés dans la cavée quand j'allais la sente en berger, gamin, aux pasquiers du bétail dans les touffes coiffées de miel, par les buttes, les cimes d'or derrière Muurikki la noire, avec Kimmo, la panse caille.

Le froid m'a fredonné la rime et la pluie m'a versé les runes. Le vent m'a soufflé d'autes chants, la houle en mer les a drossés. Les oiseaux picoraient les mots, mainte parole en cime d'arbres. J'en ai roulé mon écheveau, serrés, noués, belle pelote. J'ai mis l'écheveau sur ma luge, la pelote au fond du traîneau. J'ai tiré la luge au logis, mon traîneau devant le hâloir ; j'ai tout mis dans la banne en bronze, au bout du chafaud du grenier,

Ils ont vu le froid des semaines, long temps nichés sous le chagrin. Vais-je tirer mes chants du froid, puiser mes runes fors le gel, porter la bannette au logis, le boissel, dessus l'escabeau sous la faîtière au grand renom, belles poutres, le bon abri ?

Je déclos le coffre des mots clenche lâche, l'arche des runes, je tire le bout du lisseau, j'ouvre le noeud de l'écheveau ? Je peux chanter la rime bonne, je la chantonne toute belle pour une miche en mie de seigle et la bière brassée de l'orge.

Quand on ne baille point de bière ni la godaille* à pleine chope, je chante de bouche plus maigre, je dis la rune à gorgée d'eau pour la joie de notre veillée je salue ce jour mémorable et je dis les joies à venir, l'aube d'une aurore nouvelle.

Ainsi jadis j'ai donc ouï dire telle rune, par bon savoir : les nuits nous viennent seules, noires, les jours lèvent seuls, soleils pâles, tout seul Väinämöinen un jour est né, barde sans âge par le ventre de la porteuse, Ilmatar, la mère du monde. La vierge vit, fille du ciel, dame belle de la nature.

Elle vit pure des semaines, jour et jours en vie de pucelle dans les plessis larges du ciel, plessis larges, l'enclos de plaine. Elle se languit chaque jour, peine étrange, elle vit d'ennui, toujours seule à couler ses jours, elle vit, pucelle sans rire, dans les plessis larges du ciel, plessis larges, plaine béante.

Lors elle trotte vers l'aval, elle descend dessus les vagues sur la mer à l'échine claire, le grand largue, la houle ouverte. Vient le vent par grande rafale, l'air mauvais levé du levant ; il dresse la mer en remous, la chahute en vagues rageuses.

Or donc le vent berce la fille, la vague drosse la pucelle sur les reins bleus tout à l'entour, par les vagues coiffées d'écume : lui vente un feton dans le ventre, la mer engrosse la pucelle. Elle porte le feton dur, peine lourde, son ventre plein, année sur année, sept centaines, le temps de vie de neufs gaillards ; mais point de naissance à venir, le feton de rien ne choit guère.

La vierge va, mère de l'eau. Nage au levant, nage au ponant, nage au norois, jusqu'au midi, par tous les rivages du ciel, giron taraudé par le feu, peine lourde en son ventre plein ; mais point de naissance à venir, le feton de rien ne choit guère. La pucelle roule en sanglots, parle en sanglots, gémit ces mots :

"Ô misère, jour de mes jours, quelle menée, fille de guigne! Me voici mise en male route : toute ma vie dessous de ciel balancée par le grain du vent drossée par la houle en dérive sur ces eaux grandes, grosses vagues, les remous du roulis profond !

"Je saurais des jours bien meilleurs à vivre en pucelle du ciel, des jours meilleurs que cette vie, mère des eaux pour la dérive : ici ma vie est de froidure, âpre sente et chemin de peine, et les vagues sont mon logis, les trouées d'eau mes routes larges.

"Ô Ukko, Dieu dessus les dieux, ô toi qui portes tout le ciel ! Viens -t'en pallier à mon besoin, à grand-hâte quand je t'appelle !

"Tire la fille de ses crampes, la femme aux tortis de son ventre ! Viens-t'en vite et céans t'en cours, le besoin me presse et me froisse !"

Le temps passe, une poudrée d'âge, un filet de temps s'est sauvé.

Vient le milouin, vol droit, bec bleu, l'oiseau vole sa haute brasse, il cherche la place d'un nid, un coin de terre où nicher. Vole au levant, vole au ponant, vole au norois, jusqu'au midi.

Ne trouve nul coin pour son nid, nul brin de terre même pire pour y brindiller se nichée, et prendree gîte après le vol. Il vole ici, il voltige là, lors le milouinan parle au vent !

"Ferai-je ma cabane au vent, sur les vagues, mon beau logis ? Le vent va verser ma cabane et la vague rouler mon gîte."

En ce temps la mère des eaux, dame de l'eau, vierge du ciel, lève son genou de la mer, son épaule dessus les vagues pour la nichée du milouin bleu, le doux logis pour le plongeur.

Le milouin, bec bleu, bel oiseau, plane par-ci, voltige là.

Il voit le genou de la femme, à fleur de la mer aux reins bleus, le prend pour un toupet de foin, motte de tourbe toute fraîche.

Il lisse son vol, lance l'aile, se pose à la fleur du genou, sitôt là brindille son nid, il pond ses oeufs, coquilles d'or : six oeufs, les coquilles sont d'or, le septième est un oeuf de fer.

Il se met à couver ses oeufs, il chauffe la fleur du genou.

Il couve le jour, couve deux jours, tantôt trois jours il a couvé.

Or déjà la mère des eaux, dame de l'eau, vierge de l'air, sent le feu mordre son genou, la braise en hargne sur sa peau, cuidant que le genou lui brûle, et les veine chauffées lui fondent.

Elle chahute son genou, elle ébroue sa jambe en secousses : les oeufs dégringolent dans l'eau, versent tous à la vague en mer, ils sont brisés, gerbes d'écailles, jonchées d'esquilles fracassées.

Les oeufs n'iront point à la vase, aux remous de l'eau les écailles.

Les débris prennent bonne allure, les morceaux muent en belle mine :

La coquille basse de l'oeuf sera la terre, coque basse ; la coquille haute de l'oeuf sera le ciel, la voûte haute ; la mie haute du feton jaune sera le soleil, feu du jour ; la mie haute de l'étui blanc, ce sera la lune en lueur ; les points diaprés sur la coquille seront les étoiles du ciel ; sur la coque les tâches noires feront les nuages dans l'air.

Le temps passe, le temps s'avance, les années chassent les années sous le feu du soleil nouveau, les lueurs de la lune neuve.

La mère de l'eau nage encore, dame de l'eau, vierge de l'air, nage toujours par les eaux calmes, dans les houles coiffées de brume, devant elle la vague molle, et devers elle le ciel clair.

A l'orée de l'année neuvième, or dès le dixième estivage, elle lève son front de l'eau, haute proue par-dessus la mer.

Elle commence les genèses, elle engendre ses créations, sur la mer à l'échine claire, le grand largue en plaine béante.

Elle tourne la main par-ci, ce sont des caps à sa caresse ; elle boute son pied par-là, les fosses pour le frai se creusent ; elle gauille la vague en bulles et ce sont les gouffres profonds.

Puis courbe ses reins vers la terre : ce sont les rives, grèves lisses ; se retourne pieds contre terre : ce sont frayères de saumons ; pose sa tête contre terre : ce sont les baies, bâillées de terre.

Lors elle nage loin de terre, elle fait halte vers le large : ce sont les récifs de la mer, les brisants cachés sous la vague pour le naufrage des navires, la malefort pour les marins.

Ainsi les îles sont brossées, les récifs piqués sur la mer et fichés les piliers du ciel, terres, contrées sont déparlées, les traits sont tracés sur les pierres, lignes marbrées dans la rocaille.

Or mais Väinämöinen n'est point né, le barde sans âge.

Le vieux Väinämöinen va dans le ventre de sa mère depuis tantôt trente estivages, autant d'hiver qu'il s'en dérive par les eaux calmes, la bonace, sur les vagues coiffées de brume.

Lors il pense, le sage, il songe pourquoi demeurer, comment vivre dans sa cachette fourrée d'ombre, dans son gîte voûté d'angoisse où jamais il n'a vu la lune ni perçu les grains de soleil.

Il parle de haute parole ainsi chante les mots qui suivent :

"Lune et soleil, vite, à mon aide, Grande Ourse, sois-moi bonne guide que je passe la porte obscure, loin de la barrière étrangère, le petit nid de maigre couche, ma demeure voûtée d'angoisse !

"Tire à terre l'homme de route, l'enfant de l'homme, sous le ciel, qu'il regarde la lune au ciel, le soleil aux rayons de joie, qu'il vienne apprendre la Grande Ourse et reguigner vers les étoiles !"

Or la lune faillit à l'aide, le soleil faut à délivrer ; jour après jour il se languit, vie d'ennui, longs jours de souffrance : il hoche à hue l'huis du fortin par le doigt menu, le sans nom, il huche à dia le loquet d'os par un orteil de son pied gauche ; passe le seuil à grippe griffe, à genouillons par l'huis du porche.

Lors il dévale vers la mer, tête et bras roulant à la houle ; bonhomme reste au creux des vagues, parmi les roulis, le gaillard. Cinq ans vaque, cinq ans dérive, cinq années, six années tantôt, puis l'an septième, et le huitième.

Il se dresse enfin sur l'eau grande, vers le cap aux rives sans nom, terre ferme, terre sans arbres.

Il se hisse, genoux à terre, se cambre à la force des bras : il est debout pour voir la lune, pour s'ébahir au pied du jour, il suit les voies de la Grande Ourse et ses yeux boivent les étoiles.

Ainsi Väinämöinen a vu le jour, le barde brave, par le ventre de la porteuse, Ilmatar la mère du monde.

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MessageSujet: Re: [Contes] Scandinaves   [Contes] Scandinaves Icon_minitimeJeu 11 Jan - 22:02

Le Bouleau qui monte au Ciel et le Garcon en Coq (Norvège)

Il était une fois un homme et une femme qui avaient un garçon et une fille.

Un jour ils viennent à mourir et le garçon et la fille restent orphelin, sans une miette de pain, affamés. Ils se rendent dans la grange et ils regardent dans la réserve de blé. Pas un grain! Ils regardent à côté, pas un grain non plus !!

Ils regardent encore plus loin : toujours rien. Encore une fois et voilà qu'ils trouvent un petit pois. Tous les deux se réjouissent, ils s'approchent de la fenêtre et commencent à partager le petit pois en deux à l'aide d'un couteau.

Mais ils n'arrivent pas à le couper en deux. A force d'appuyer, le petit pois saute jusqu'en bas de la fenêtre. Ce petit pois a commencé à germer. Il en est sorti un bouleau qui a poussé poussé jusqu'au ciel. Le garçon dit à sa soeur

-"J'y vais, je monte sur le bouleau et je vais jusqu'au ciel". Il monte, il monte, longtemps il monte, et voilà qu'il arrive près d'une petite maison, et que cette petite maison tourne ! Le frère entre dans la maison, et qu'est ce qu'il voit ? Une sorcière (djågibab) est en train de moudre du seigle et elle porte en bas du dos un hachoir. La sorcière demande au petit gars

- "D'où viens tu ? le gars répond - "Je suis orphelin, je n'ai ni père, ni mère, mais ma soeur m'attend en bas". Il lui raconte comment le petit pois lui est tombé des mains, pour atterrir sous la fenêtre, a germé et qu' il en est sorti un bouleau qui monte jusqu'au ciel.

La sorcière le croit. Elle donne des kokat' et des gâteaux. Le garçon se réjouit, il redescend le long de l'arbre, saute aux pieds de sa soeur et lui raconte comment il a rencontré là-haut une sorcière. Ils mangent les kokat' et les gâteaux. A peine ont-ils fini de manger que le frère dit à sa soeur :

-"Ecoute ! je vais me changer en coq, et le coq va aussitôt se percher et chante. "Cocorico!" La fille (neitsukaine) prend le coq et le porte au milieu des poules, elle dit :

-"Piquez-le, piquez ce coq !", mais le coq mange toutes les poules, sort du poulailler, et monte de nouveau sur un perchoir. Il se dresse, et de nouveau il chante "Cocorico!" La fille emporte le coq, le jette au milieu des moutons, et ordonne de piétiner ce coq.

-"Piétinez-le", mais le coq mange tous les moutons monte sur son perchoir et chante "Cocorico!" La fille de nouveau prend le coq, l'emporte dans l'écurie :

"Chevaux ! Envoyez lui une bonne ruade, piétinez-le !".

Mais le coq mange même les chevaux ! Il monte à nouveau sur son perchoir, et chante "Cocorico!" La fille entre en colère ; elle prend le coq, l'emporte dans l'étable, le jette au milieu des vaches :

- "Envoyez lui vos cornes, piquez-le avec vos cornes !" dit-elle, mais le coq mange même les vaches... et de nouveau il monte sur son perchoir, et chante "Cocorico!" La fille entre dans une colère encore plus noire, et jette le coq dans l' étuve.

- "Qu'il étouffe dans la puanteur de la fumée !" Mais quand elle eut mis le coq dans le sauna, il péta comme un canon et la cabane explosa. Il s'en est sorti, et ils sont encore vivants à l'heure qu'il est !

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MessageSujet: Re: [Contes] Scandinaves   [Contes] Scandinaves Icon_minitimeJeu 11 Jan - 22:03

La fabuleuse histoire de celui qui devint un roi Viking (Norvège)

Nous sommes en l'an 968, dans une forêt de Norvège. Une jeune femme s'y cache avec quelques compagnons d'infortune. Elle fuit l'ennemie, elle fuit ceux qui viennent de tuer son mari. Les bêtes sauvages la guêtent. En la voyant, les gens disent qu'elle porte un enfant.

C'est si vrai, que pour le mettre au monde à l'abri des ennemis, elle doit se dissimuler dans une île au milieu d'un lac.

Pourtant cette femme n'est pas n'importe qui: elle est la reine Astrid, veuve du roi Tryggvi, tué.

L'enfant qui naît est un garçon. Il va s'appeler Olaf Tryggvason. Selon le rite Viking, sa mère l'asperge d'eau pour marquer son entrée dans le clan... mais quel début catastrophique pour lui!

La funeste décision

Astrid continue de fuir avec son bébé, se cachant dans la nature, se cachant chez son père, poussant vers l'est jusqu'en Suède où des amis l'accueillent.

Trois ans passent... la reine de Norvège déchue prend la décision d'embarquer pour la Russie où vit l'un de ses frère. Fatale erreur!.. Des bandits lui enlèvent le jeune Olaf qu'ils vendent comme esclave. Et voci l'enfant transféré en Estonie dans une famille adoptive où, petite chance quand même dans son malheur, il n'est pas maltraîté.

Six ans passent... et l'incroyable va se produire! Un riche étranger arrive de Russie avec son escorte pour inspecter cette région qui appartient à un grand prince russe. C'est le frère d'Astrid. Le petit Olaf est là, et c'est la rencontre. Et comme dans les contes, l'oncle rachète son neveu et l'emmène avec lui à Novgorod.

Un premier pas sur de la voie royale

Olaf est introduit à la cour par son oncle. Le temps passe, l'enfant devient un jeune homme. Le plein air, le sport, la chasse et le combat ont fait de lui un homme endurci, "le plus beau, le plus grand, et le plus fort des hommes" ainsi que le dit Snorri Sturluson qui a écrit sa saga. Les jaloux le détestent pour sa puissance et sa popularité, le roi lui-même commence à le regarder de travers. Aussi, quand l'envie de retrouver son pays du nord le tenaille pour y accomplir son destin tracé par la voie royale, n'hésite-t-il pas à partir. Il a 18 ans, il est prêt à en découdre.

A la façon Viking

Il s'embarque avec ses hommes sur la Baltique, cap vers l'ouest. Sa saga nous apprend comment "il fit une descente et ravagea" une île sur son chemin... à la façon Viking.

La technique est à peu près toujours la même : les Vikings jètent l'ancre non loin d'une ville riche ou d'une abbaye et attendent un moment propice pour attaquer. Ils montent des chevaux (emmenés avec eux ou raflés) qu'ils lancent au galop - les raids sont leur spécialité. C'est alors la tuerie, la mise à sac, et finalement toujours l'incendie pour protéger leur retour au bateau. Les butins proviennent des églises, des monastères ou de riches propriétaires terriens ; parfois ils font des prisionniers et ramènent si possible des bêtes.

Les scaldes parlent des "échassiers de la bataille qui survolaient les cohortes des morts/Le loup lacérait les chairs et des vagues de sang déferlaient contre les becs des corbeaux." Et pourtant leur société n'a ni milice ni armée régulière et ils n'ont pas de mot pour désigner la guerre !

Aussi bons guerriers qu'excellents commerçants, les Vikings négocient ou pillent. Le jeune Olaf a préféré être un guerrier tout court. Avec la mise à sac de cette île, il vient de commencer 6 ans de batailles et de pillages contre les Saxons, l'épée à la main quand ce n'est pas la terrible hache à long manche, ou la lance.

Les orages de métal

Arrivé au pays des Vendes (l'actuelle Poméranie) il aide le prince de Pologne à conquérir ce territoire et épouse sa fille Geira. Veuf trois après, il reprend la route vers l'ouest avec une ardeur que rien n'entame. Le voici en Grande-Bretagne, cible intensive des raids Vikings. Olaf ravage le Kent, le Sussex et l'Essex où se déroule la bataille de Maldon en 991. Là, le chef saxon Byrhtnoth est tué ; sa tête est emportée et promenée partout. Comme d'habitude, les Vikings vendent aux vaincus une promesse de paix contre une forte rançon... paix vite oubliée, comme d'habitude! Olaf porte ses attaques jusqu'à l'Irlande et l'Ecosse. Les poètes parlent de lui et des "orages du métal", de "la tempête des épieux", des "épées comme des roseaux de sang"...

La prophétie

La saga d'Olaf dit qu'il rencontra un ermite qui lui prédit qu'il sera roi un jour et qu'il conduira beaucoup de gens à la foi chrétienne. Mais avant, iil aura à subir une trahison et une blessure au combat après laquelle il se fera baptiser. Les Annales anglaises, qui relatent différement la conversion d'Olaf au christianisme, mentionne que le roi Ethelred (pourtant précédemment rançonné) fut son parrain le jour de la cérémonie. Olaf lui promit une fois de plus de ne plus jamais revenir guerroyer en Angleterre... promesse qui fut tenue.

Le combat des chefs

Le temps a passé... Olaf est devenu chrétien et marié avec Gyda, la soeur d'un roi scandinave. Il a 2 objectifs en tête: convertir la Norvège au christianisme et poursuivre sa voie royale. Mais un obstacle est planté sur cette voie: celui du comte Hakon qu'une affaire de lignage oppose à lui depuis longtemps. Olaf veut combattre ce puissant chef de la dynastie des Hladir qui contrôle une région au nord de la Norvège.

Il embarque donc pour son pays natal dont il foule enfin le sol après 27 ans d'exil. Un évêque et un prêtre l'accompagnent pour prêcher sa nouvelle foi.

C'est par un combat naval que la rencontre a lieu avec Hakon et son fils. Olaf commence par fracasser le crâne du fils. Aussitôt c'est la débandade chez l'ennemi qui se rend à Olaf et le demande pour roi. Hakon est égorgé par un esclave.

Reste à Olaf à légitimer sa couronne. Pour cela, en vertu de son lignage il se fait élire roi de Norvège en 995 par l'assemblée publique saisonnière qui élabore les lois. Mais rien ne sera simple pour lui qui (par conviction ou par stratégie politique) veut aussi convertir au christianisme ce pays de religion païenne.

Ses 5 années de règne y sont consacrées, 5 années durant lesquelles il est un roi sans capitale ni cour afin de parcourir son pays et l'évangéliser. Il n'est entouré que de sa garde, de ses conseillers et de sa famille. Pour le peuple, il n'y a pas de choix possible, c'est le baptême ou la mort ainsi que le rapporte sa saga : "[son succès] venait de ce que certains faisaient sa volonté avec joie et par amitié, et d'autres par peur... Et lorsque Olaf était fâché, il torturait fort ses ennemis en brûlant certains par le feu, en faisant mettre d'autres en pièces par des chiens déchaînés, en mutilant d'autres ou les faisant jeter du haut de rochers élevés."

La conversion religieuse de la Norvège est faite: elle a amené l'intégration du pays dans l'Europe, la royauté est désormais de droit divin, le gouvernement est centralisé et les grandes familles sont sous le pouvoir royal. Olaf 1er est le premier roi unificateur du pays.

Trop puissant

La Suède et le Danemark, alertés par tant de puissance, unissent leurs armées pour faire tomber Olaf. Elles ont rapidement le dessus en nombre. Pour la dernière bataille, Olaf fait front à bord de son bateau "Long serpent". Quand vient le moment de l'abordage, il est acculé à l'arrière du bateau, blessé. Il tente encore de se battre, encore et encore comme il l'a si souvent fait avec son épée à deux mains. "La Norvège vient de te craquer dans les mains, roi" lui crie son archer abattu. Olaf saute par-dessus bord avec son épée, son bouclier et sa cotte de mailles. Personne ne le revit plus jamais.

Là s'achève le règne très court de ce roi, ancien enfant vendu comme esclave et grand guerrier Viking.

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MessageSujet: Re: [Contes] Scandinaves   [Contes] Scandinaves Icon_minitimeJeu 11 Jan - 22:03

Les trois Vagues (Norvège)

Olaf était le fils d’un couple de pauvres pêcheurs qui ne possédait qu’une vieille barque et des filets rapiécés. Mais le garçon était heureux. Il semblait né joyeux et savait tout prendre avec bonne humeur.

De plus, il avait un don : il voyait tout, même l’invisible et, quand il désirait disparaître, il lui suffisait de passer la main devant ses yeux. Un jour, son père ne rentra pas de sa tournée en mer

Mais Olaf consola sa mère en lui disant que le brave homme avait sans doute trouvé refuge sur une île légendaire qui accueillait les naufragés. Afin s’assurer leur pain quotidien, Olaf se fit marin.

Il s’engagea sur un navire. Il aimait tellement rire, et tellement travailler que l’équipage le prit en amitié. Mais, avant le second voyage, Olaf décida de rester chez sa mère afin de l’aider à semer et à labourer. Il consentit cependant à aider ses anciens compagnons à faire leur déchargement. C’est ainsi qu’il se retrouva seul sur le quai pendant que le reste de l’équipage était parti s’amuser

. Tandis qu’il veillait, il entendit trois voix criardes dans la nuit. Il se rapprocha du vaisseau et colla son visage au hublot.

Et il aperçu trois mouettes noires comme des corneilles dont les mots résonnaient à son oreille avec des voix de sorcières. Ne pouvant en croire ses yeux, il passa la main dessus et devint aussitôt invisible. Alors, il monta sur le bateau et descendit dans la cale, silencieusement, au milieu des trois volatiles. Ceux-ci continuaient à bavarder :

- Personne ne sait que nous sommes sorcières et que nous détestons les matelots !

- Et, quand nous serons en mer, nous lancerons contre eux trois vagues et ils seront engloutis dans les eaux !

- Ils ne sauront pas que, pour se sauver, il leur suffirait de lancer une stère de bois de bouleau hors du bateau, sur chacune de ces vagues…

Puis les mouettes-corneilles rirent entre elles et s’envolèrent à tire-d’aile par un hublot entrouvert. Le lendemain matin, quand le capitaine revint,

Olaf lui proposa de l’accompagner à condition qu’il fît charger sur le bateau trois stères de bois de bouleau. Le capitaine le prit pour un fou, mais il accepta malgré tout. Et le vaisseau prit la mer… Ils naviguèrent et naviguèrent sans que rien de fâcheux arrivât. Mais, brusquement, une nuit, le vent se leva et la mer s’agita, Une vague énorme déferla sur le navire. Les matelots s’attendaient au pire, mais

Olaf leur ordonna de jeté contre cette vagie phénoménale un stère du bois qui était dans la cale. Ainsi fut fait et, stupéfaits, les marins virent les flots se calmer. Ils entendirent le vent s’essouffler et une vois de sorcière crier :

- Aie ! Aie ! Aie ! Je vais couler…

Le bateau continua d’avancer . Il navigua sans incident jusqu’à ce que le vent se mit à souffler plus fort et la mer à s’agiter encore plus fort que la première fois.

- Écoutez moi ! Attachez tous les objets qui risquent d’être emportés et jetez un nouveau stère de bois de bouleau hors du bateau ! ordonna Olaf à ses compagnons.

Sans chercher à savoir pourquoi, les marins s’exécutèrent. Aussitôt, le vent et les flots se calmèrent et on entendit à nouveau une voix de sorcière crier :

- Aie ! Aie ! Aie ! Je vais couler…

Et le navire poursuivit son chemin jusqu’au lendemain matin. Là, une tempête d’une violence inouïe, brusquement s’abattit sur lui. Une vague comme n’en avait jamais vu aucun équipage s’éleva entre la mer et les nuages.

- Nous allons tout être engloutis ! hurlèrent les matelots.

- Faites ce que je vous dis… leur conseilla Olaf aussitôt. Attachez-vous au bateau pendant que je jetterai à l’eau tout ce qui reste du bois de bouleau.

Et les marins s’exécutèrent. Les vents et les flots se déchaînèrent. La vague étendit ses grands bras écumeux tandis que les hommes, de tous leurs vœux, appelaient l’île légendaire qui sauvait les naufragés de la mer. Quand Olaf eu lancé le dernier morceau de bois, on entendit une vois :

- Aie ! Aie ! Aie ! Je vais couler…

Alors la tempête s’arrêta. Le vent violent se calma. Et les matelots purent se détacher pour voir flotter, au milieu des bûches de bois de bouleau, quelques grandes plumes noires…

Ensuite, comme dans les histoires qu’on leur racontait quand ils étaient enfants, il;s virent arriver vers eux doucement, poussée par un souffle du vent, la belle île légendaire qui accueillait les naufragés de la mer.

Dessus, Olaf reconnu son père. Et il le fit monter à son bord. On dit qu’ensemble ils naviguèrent encore de par le monde en revenant, de temps en temps, vers leur chaumière ou la mère d’Olaf les attend afin de semer le blé ou de bien le récolter.

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MessageSujet: Re: [Contes] Scandinaves   [Contes] Scandinaves Icon_minitimeJeu 11 Jan - 22:03

Eric le Paysan rusé (Norvège)

Un jour, un paysan était allé dans la forêt avec son cheval et son traîneau pour faire la provision de bois. Il n’avait pas terminé son ouvrage qu’un énorme ours s’approcha de lui et lui dit :

- Donne-moi ton cheval sinon cet été, tu pourras faire attention à tes moutons.

- Oh l’Ours ! répondit le paysan, il ne me reste pas plus de bois à la maison, pas une seule petite bûche. Je t’en prie, laisse-moi ramener cette charge de rondins jusque chez moi. Tu ne voudrais pas que je meure de froid ? Demain, je te promets de te ramener le cheval.

L’ours le laissa partir mais lui signifia que s’il ne tenait pas sa promesse, il le payerait très cher. En chemin, il rencontra un renard. Celui-ci en voyant son air triste lui demanda :

- Pourquoi as-tu l’air si malheureux ? dit le rusé compère.

- Oh le Renard ! répondit le paysan, j’ai rencontré l’ours dans la forêt et il m’a fait promettre de lui ramener mon cheval demain sinon, il s’attaquera à mes moutons cet été.

- Ce n’est pas si terrible ! dit le renard. Si tu promets de me donner le plus gras des agneaux de ton étable, je te délivrerai de ta promesse à l’ours.

Le paysan trop heureux de sauver son cheval accepta avec empressement.

- Ecoute bien, dit le renard. Demain, tu amèneras ton cheval à l’ours. Je serai sur le sommet de la colline et je chanterai tellement fort que l’ours ne manquera pas de te demander " mais qu’est-ce que cela ? " Tu auras simplement à lui répondre " C’est Pierre, le chasseur ". Pour le reste, tu n’as pas besoin de t’inquiéter.

Le lendemain, le paysan conduisit son cheval comme prévu. Il allait le lui remettre le cheval quand il entendit une chanson.

- Qu’est-ce que cela ? demanda l’ours, visiblement inquiet.

- Ce n’est que Pierre, le chasseur, le meilleur tireur de toute la région.

- N’as-tu vu aucun ours dans la forêt ? demanda une voix venant du haut de la colline.

- Réponds que non, lui souffla l’ours.

- Non, chasseur, je n’ai vu aucun ours, répondit le paysan.

- Mais dis-moi, qu’est-ce qui se tient à côté de toi ? demanda encore la voix.

- Dis-lui que c’est un vieux tronc d’arbre, lui souffla l’ours.

- C’est un vieux tronc d’arbre que je vais charger, dit le paysan.

- Veux-tu que je descende pour t’aider à le charger ? demanda la voix.

- Attache-moi vite et dit que tu as terminé, souffla l’ours.

- Je te remercie mais c’est déjà fait, dit le paysan.

Il attacha l’ours de telle façon qu’il ne pouvait plus remuer. La voix s’éleva à nouveau et demanda :

- Comment se fait-il que tu n’aies pas encore planté ta hache dans le tronc comme le font tous les bûcherons ?

Le paysan prit sa hache et, d’un coup net, brisa le crâne de l’ours. Il s’en retournait chez lui lorsque le renard surgit au premier carrefour. Tous les deux prirent le chemin de la maison mais arrivé à proximité de l’entrée du village le renard s’arrêta.

- Je ne veux pas aller plus loin. Je crains tes chiens. Va me chercher l’agneau mais mets-le dans un sac pour que personne ne se doute de ma présence.

L’homme rentra dans la bergerie et se préparait à mettre un agneau bien dodu dans un sac quand sa femme arriva.

- Mais qu’est-ce que tu fais ? demanda celle-ci.

- Je vais porter un agneau au renard, dit le paysan. Il m’a délivré de l’ours et je le lui ai promis.

- Un agneau pour le renard ! s’exclama la ménagère. Sais-tu combien de poules et de canards il a déjà volé ? Il m’en volera encore, ça, j’en suis certaine. Il s’est déjà bien payé sans ton concours. Mets les chiens dans le sac et offre-les lui.

L’homme trouva ce conseil judicieux. Il mit ses deux chiens dans un sac et revient vers le renard qui l’attendait avec impatience et se pourléchait déjà les babines.

- Ah te voilà ! Ouvre vite ton sac et grand merci, dit le renard. Les chiens s’échappèrent et se jetèrent sur le renard qui surpris, n’eut pas le temps de s’enfuir.

Le paysan et ses deux chiens revinrent vers la maison trop heureux d’avoir sauvé à la fois le cheval et l’agneau.

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MessageSujet: Re: [Contes] Scandinaves   [Contes] Scandinaves Icon_minitimeMer 21 Fév - 2:45

Tout cela est fort interessant.L'un de mes proches amis est suedois,je lui demanderais si il en connait d'autres.
Ceci dit,les contes nordiques semblent bien plus moralisateurs que ce cher Perrault!
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MessageSujet: Re: [Contes] Scandinaves   [Contes] Scandinaves Icon_minitimeDim 25 Fév - 17:02

Hum faut peut etre aussi replacer les histoires dans leur contexte Smile Pour perrault il s'agit à présent de textes fixés qui correspondent à une epoque donnée donc à une mentalité et une facon de percevoir particulière qui n'est plus celle que nous avons à present.

Les contes traditionnels se transmettent de facon orale et sont adaptés en fonction des situations, des besoins moraux de l'époque, de la culture au sein de laquelle il se trouve conté (D'où les nombreuses variantes pour un même conte)

Smile Après chacun sa sensibilité par rapport à tel ou tel type de conte Wink

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MessageSujet: Re: [Contes] Scandinaves   [Contes] Scandinaves Icon_minitimeLun 26 Fév - 4:22

Mais tout à fait d'accord.
Je connais suffisament les contes pour savoir que Perrault est dans un contexte particulier,un contexte difficile,que ce soit pour la place de la femme ou autre.Surtout pour la femme.
Il n'empêche que par rapport aux Grimm ou à Andersen,il parait bien moralisateur,et cela ,personne ne me fera changer d'avis.

Le truc,c'est que les contes sont intemporels.Ce que nous voyons chez Perrault ou les Grimm ou Madame d'Aulnoy ou Andersen est toujours d'actualité.Donc pour moi,dans ma perception,l'aspect "contexte d'une époque" est très peu important.
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